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Affiche de l’exposition Terres en partage à l’Institut français de Marrakech

Cette expo pose une question très concrète : comment construire Marrakech sans effacer ses ressources ?

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À Marrakech, parler d’architecture sans parler de ressources, de climat ou de savoir-faire locaux devient de plus en plus difficile. À partir du 25 septembre, une nouvelle exposition choisit justement de mettre ces questions au centre. Son titre : « Terres en partage ».

Présentée à l’Institut français de Marrakech jusqu’au 3 novembre 2026, elle rassemble des travaux d’étudiants de l’ESA Paris et de la SAP+D – UM6P de Benguerir. Le terrain d’étude n’est pas abstrait : plusieurs projets ont été développés dans la médina de Marrakech, d’autres dans différents territoires marocains.

Ce qui rend cette exposition intéressante maintenant, ce n’est pas seulement son sujet. C’est la question qu’elle pose à une ville qui construit, rénove et transforme vite : que faut-il conserver, réemployer ou réapprendre avant de dessiner du neuf ?


🧱 La médina observée comme un terrain de projet

« Terres en partage » explore les liens entre architecture, ressources locales, savoir-faire constructifs, patrimoines et transitions environnementales. Derrière cette formule assez large se trouve une manière particulière de regarder Marrakech : non comme un décor figé, mais comme un territoire déjà rempli de réponses techniques, sociales et matérielles.

La médina concentre précisément ces couches. Ses murs, ses patios, ses passages étroits et ses dispositifs d’ombre racontent une adaptation ancienne à la chaleur, à la disponibilité des matériaux et aux usages collectifs. Cela ne signifie pas qu’il faudrait reproduire mécaniquement le passé. L’enjeu consiste plutôt à identifier ce qui peut encore nourrir une architecture contemporaine.

Cette lecture arrive au bon moment. Marrakech voit se multiplier les rénovations de riads, les nouveaux projets hôteliers, les résidences et les chantiers périphériques. Dans cette accélération, le risque est connu : transformer les signes de l’architecture locale en simple langage décoratif, tout en perdant les logiques qui leur donnaient du sens.


🌍 Construire local ne veut pas seulement dire faire « marocain »

L’un des fils annoncés de l’exposition concerne les ressources locales. Le mot peut désigner la terre, la pierre, le bois, la chaux ou les fibres, mais aussi les compétences capables de les mettre en œuvre. À Marrakech, cette distinction compte : un matériau produit à proximité ne devient réellement une ressource architecturale que s’il existe encore des personnes pour le comprendre, le transformer, le réparer et le transmettre.

Le sujet dépasse donc l’esthétique. Il touche aux circuits d’approvisionnement, au coût environnemental des chantiers, à la durée de vie des bâtiments et à la place donnée aux artisans dans la conception. Il interroge aussi un réflexe fréquent : importer des solutions présentées comme universelles alors que le climat, les usages et l’entretien réclament parfois une réponse beaucoup plus située.

Les cinq thèmes à repérer dans l’exposition :

  • les projets menés dans la médina de Marrakech ;
  • l’usage de ressources disponibles localement ;
  • la transmission des savoir-faire constructifs ;
  • le dialogue entre patrimoine et création contemporaine ;
  • les réponses architecturales aux transitions environnementales.

Autrement dit, « local » ne désigne pas un style reconnaissable au premier regard. C’est une chaîne complète, depuis le choix de la matière jusqu’à sa mise en œuvre, en passant par les personnes, les techniques et les contraintes du lieu.


🏗️ Une autre manière de parler de la transition environnementale

Les débats sur la ville durable sont souvent dominés par les performances chiffrées et les équipements techniques. Ils sont indispensables, mais l’exposition semble ouvrir un autre chemin : partir du territoire avant d’ajouter des solutions.

Dans une région soumise à la chaleur et à la pression sur l’eau, l’architecture ne peut plus traiter le confort comme une question secondaire. Orientation, ventilation, inertie des murs, ombre, végétation adaptée et capacité à réparer deviennent des choix centraux. Certains appartiennent à des traditions constructives anciennes ; d’autres doivent être repensés avec les outils d’aujourd’hui.

Le titre « Terres en partage » suggère aussi que la matière n’est jamais totalement privée. Extraire, construire et urbaniser transforment un sol commun. Cette réalité est particulièrement visible autour de Marrakech, où l’expansion urbaine, l’hospitalité et les nouvelles infrastructures modifient rapidement les paysages et les besoins.

L’exposition ne promet pas une recette unique. Elle met plutôt en regard des projets d’étudiants, donc des hypothèses, des essais et des façons de poser les problèmes. C’est précisément ce qui peut rendre la visite stimulante : on y vient moins chercher un modèle prêt à reproduire qu’un vocabulaire pour regarder les chantiers différemment.


🤝 Marrakech, Benguerir et Paris autour de la même table

La présence conjointe de l’ESA Paris et de la SAP+D – UM6P de Benguerir donne au projet une dimension de dialogue. Les écoles ne travaillent pas depuis les mêmes contextes, mais elles se rencontrent sur un territoire où les questions de patrimoine, de ressources et de croissance urbaine sont immédiatement concrètes.

Une table ronde intitulée « Architectures entre le Maroc et la France » doit accompagner le vernissage à 18 heures. Elle portera sur les pratiques architecturales, les coopérations et les enjeux contemporains de la conception entre les deux pays.

Ce rendez-vous mérite l’attention au-delà du cercle des architectes. Promoteurs, artisans, designers, propriétaires de riads, étudiants et simples habitants vivent tous, à des échelles différentes, les conséquences des choix constructifs. La qualité d’une ville ne dépend pas uniquement de ses bâtiments remarquables, mais aussi de la manière dont les transformations ordinaires s’additionnent.


📍 Ce qu’il faut savoir avant d’y aller

L’exposition est annoncée du 25 septembre au 3 novembre 2026 à l’Institut français de Marrakech, route de Targa. Le vernissage et la table ronde sont prévus le 25 septembre, cette dernière à 18 heures. L’accès à l’exposition est annoncé gratuit.

Le bon réflexe sera de regarder les projets en se demandant ce qu’ils changeraient réellement s’ils quittaient les panneaux pour devenir des bâtiments : quelles matières utiliseraient-ils, qui saurait les construire, comment vieilliraient-ils et quel confort offriraient-ils sans multiplier les dépenses d’énergie ?

À quelques jours de l’ouverture, « Terres en partage » s’annonce ainsi comme plus qu’une exposition d’école. C’est un rappel utile : dans une Marrakech qui veut avancer vite, l’innovation architecturale pourrait commencer par regarder beaucoup plus attentivement ce que le territoire sait déjà faire.

Source consultée le 22 septembre 2026 : Institut français de Marrakech — « Terres en partage ».

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