On connaît surtout ses noirs et blancs. Le MACAAL choisit précisément de montrer ce que l’on voit beaucoup moins. Depuis le 18 septembre, l’Artist Room du musée accueille Le temps d’un battement de cil, une exposition personnelle de Daoud Aoulad-Syad qui ouvre ses archives en couleur sur plus de quarante ans de vie marocaine.
Le chiffre donne la mesure du repérage : 36 photographies, dont 24 tirées pour la première fois, selon InfoCulture. Des places, des ruelles, des marchés, des artistes ambulants, des passants et des gestes ordinaires — sans exotisme forcé ni Maroc transformé en décor.
Le vrai déplacement de cette exposition n’est pas seulement chromatique : elle montre un artiste majeur là où le public l’attend le moins.
📸 La couleur cachée derrière une signature en noir et blanc
Daoud Aoulad-Syad photographie depuis les années 1980. Son écriture visuelle s’est imposée par un noir et blanc dense, une pratique analogique assumée et une attention constante portée aux marges : forains, artistes de rue, gens ordinaires, scènes qui disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent.
Le temps d’un battement de cil ne renverse pas cette signature. L’exposition en révèle une branche plus discrète. La couleur ne transforme pas son regard ; elle lui ajoute d’autres températures, d’autres détails, parfois une proximité presque immédiate avec les vêtements, les murs, les objets et la lumière des rues.
Une première version du projet a été montrée cet été à Tanger, dans le cadre de Photo Tanger. Son arrivée à Marrakech n’a pourtant rien d’un simple retour de tournée : le photographe est né dans la ville, et une partie essentielle de son regard s’est formée ici.
👀 Un Maroc populaire photographié de l’intérieur
Ce qui frappe dans le travail d’Aoulad-Syad, c’est l’absence de distance spectaculaire. Il ne cherche pas la scène parfaite ni l’image immédiatement « instagrammable ». Il reste à hauteur d’homme, attentif à une posture, un échange, une attente, un geste qui ne se répétera peut-être pas.
Cette position change tout à Marrakech. La ville est l’une des plus photographiées du Maroc, mais elle est souvent réduite aux mêmes signes : portes, terrasses, zelliges, silhouettes cadrées comme des accessoires. Ici, la culture populaire n’est pas un arrière-plan. Elle devient le sujet, avec ses contradictions, sa drôlerie et sa fragilité.
- 36 images issues de plusieurs décennies de pratique ;
- une sélection rare de photographies en couleur ;
- des scènes de rue et des figures de la culture populaire marocaine ;
- 24 tirages présentés pour la première fois, selon InfoCulture.
🏙️ Pourquoi cette exposition tombe juste à Marrakech
La question de la mémoire visuelle devient urgente dans une ville qui change vite. Quartiers transformés, usages déplacés, métiers moins visibles, espaces publics reconfigurés : beaucoup de choses que l’on croit immuables quittent le paysage sans annonce.
Les images d’Aoulad-Syad ne prétendent pas arrêter le temps. Elles montrent plutôt ce qu’un photographe attentif peut sauver d’un instant avant qu’il ne bascule. C’est là que le titre prend tout son sens : un battement de cil suffit pour perdre une scène, mais aussi pour en garder la trace.
Le projet rejoint ainsi un fil déjà présent dans la collection permanente du MACAAL, où des photographies de l’artiste documentent la vie quotidienne et les textures des rues de Marrakech. La nouvelle exposition resserre le regard et laisse la couleur déplacer notre perception d’un corpus que l’on pensait connaître.
🎞️ Un photographe qui regarde aussi comme un cinéaste
Aoulad-Syad est également scénariste et réalisateur. Cette double pratique se lit dans ses images : les personnages semblent souvent saisis au milieu d’une histoire commencée avant le déclenchement et appelée à continuer après lui.
Mais contrairement à une mise en scène de cinéma, rien n’est surligné. Le récit tient dans un détail, une distance entre deux corps, une direction de regard. L’imperfection de l’analogique, loin d’être corrigée, laisse sa texture au réel.
C’est peut-être la vraie surprise de cette rentrée culturelle : une exposition capable de parler de patrimoine sans figer Marrakech dans la nostalgie, et de couleur sans céder au décoratif.
📍 Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
- Exposition : Le temps d’un battement de cil
- Artiste : Daoud Aoulad-Syad
- Lieu : Artist Room du MACAAL, Al Maaden, Marrakech
- Dates : du 18 septembre au 29 novembre 2026
- Horaires : du mercredi au dimanche, de 10h à 18h
- Tarifs indicatifs : 120 DH adulte, 60 DH résident ; gratuit pour les étudiants et les moins de 12 ans
Pour ceux qui pensent connaître la photographie marocaine — ou simplement Marrakech — cette Artist Room mérite le détour. Elle ne montre pas une autre ville. Elle révèle tout ce que l’on avait peut-être cessé de regarder.
Sources consultées le 21 septembre 2026 : MACAAL — nouvelle saison artistique 2026, Institut français du Maroc — présentation de l’exposition et InfoCulture — Le Maroc dans le battement d’un regard.
