Un texte juridique vient de faire bouger la carte ferroviaire autour de Marrakech. Le décret n° 2.26.605, publié au Bulletin officiel du 7 septembre 2026, déclare d’utilité publique la construction de deux lignes à grande vitesse : l’axe Marrakech–Agadir et une branche entre Chichaoua et Essaouira.
Ce n’est pas encore une date d’ouverture, ni l’annonce d’un chantier visible dès demain. Mais ce n’est plus non plus une simple idée évoquée dans une présentation. La déclaration d’utilité publique donne au projet un cadre concret, notamment pour engager les procédures foncières nécessaires. Et pour Marrakech, cela dessine un changement beaucoup plus large qu’un nouveau train : la ville pourrait devenir le véritable nœud d’un triangle Atlantique–Souss.
Le signal fort n’est pas seulement la future vitesse. C’est la place que Marrakech prendrait dans une nouvelle géographie économique reliant Casablanca, Agadir et Essaouira.
🚄 Ce que le décret officialise vraiment
Le texte, daté du 1er septembre et publié quelques jours plus tard, porte sur la construction d’une ligne ferroviaire pour trains à grande vitesse entre Marrakech et Agadir, ainsi qu’entre Chichaoua et Essaouira. Le périmètre concerne les régions Marrakech–Safi et Souss–Massa.
La nuance est importante : une déclaration d’utilité publique permet de reconnaître officiellement l’intérêt général du projet et d’ouvrir la voie aux démarches prévues par la législation sur l’expropriation et l’occupation temporaire. Elle sécurise donc une étape administrative essentielle. En revanche, le décret ne fournit ni calendrier de travaux, ni budget détaillé, ni date de mise en service.
- Deux axes sont cités : Marrakech–Agadir et Chichaoua–Essaouira.
- Le statut : construction déclarée d’utilité publique.
- L’effet immédiat : un cadre pour avancer sur le foncier et les procédures.
- Ce qui manque encore : calendrier, phasage des travaux et date d’ouverture.
🧭 Pourquoi Marrakech change de rôle
Jusqu’ici, le récit ferroviaire autour de Marrakech était surtout celui d’une destination finale au sud du réseau classique. Le prolongement de la grande vitesse depuis Casablanca doit déjà modifier cette position. Les deux axes désormais inscrits dans le décret vont plus loin : Marrakech ne serait plus seulement un terminus, mais une porte d’entrée vers le Souss et la côte atlantique.
Dans cette configuration, Chichaoua devient un point stratégique. La branche vers Essaouira s’y détacherait de l’axe principal en direction d’Agadir. Sur la carte, ce détail technique transforme la lecture du territoire : trois destinations aujourd’hui fortement dépendantes de la route pourraient être reliées par une même infrastructure ferroviaire rapide.
Pour les voyageurs, la promesse est évidente. Pour les entreprises, elle est peut-être encore plus structurante : déplacements professionnels simplifiés, meilleure circulation des équipes, élargissement des bassins de clientèle et nouvelles possibilités pour l’événementiel, l’hôtellerie ou les services.
💼 Le vrai sujet business se joue au-delà des gares
Une ligne à grande vitesse ne modifie pas seulement le temps passé dans un train. Elle peut redessiner les choix d’implantation. Autour de Marrakech, les acteurs du tourisme, de l’immobilier, de la logistique légère, du commerce et de l’événementiel suivront de près les futures gares, les correspondances et les accès urbains.
Essaouira pourrait gagner une connexion ferroviaire directe qui lui manque encore. Agadir se rapprocherait du grand corridor économique passant par Marrakech et Casablanca. Et Marrakech renforcerait sa capacité à capter des séjours combinés : médina et culture dans la ville ocre, littoral à Essaouira, puis côte du Souss à Agadir.
Le changement pourrait aussi toucher les usages des habitants. Une infrastructure vraiment bien connectée au réseau local peut rendre possibles des allers-retours professionnels aujourd’hui fatigants par la route. À l’inverse, une gare difficile d’accès ou une tarification trop élevée limiterait fortement cet effet. La qualité du projet se jugera donc autant sur les derniers kilomètres que sur la vitesse maximale annoncée.
⚠️ Ce que le texte ne permet pas encore d’affirmer
La tentation est forte de transformer ce décret en compte à rebours. Ce serait aller trop vite. Aucun calendrier de chantier ni délai de livraison ne figure dans le texte publié. Il reste également à connaître le tracé opérationnel précis, les caractéristiques des gares, le phasage, les correspondances et les conditions de financement.
Le foncier sera l’un des dossiers sensibles. Une déclaration d’utilité publique rend possibles des procédures d’expropriation, mais celles-ci prennent du temps et soulèvent des questions concrètes pour les propriétaires et les territoires traversés. Les études environnementales, les arbitrages techniques et l’intégration paysagère compteront aussi, particulièrement sur des axes qui traversent des espaces ruraux et semi-arides.
Autrement dit, le projet franchit une étape réelle, mais le lecteur doit se méfier des dates spectaculaires qui circuleraient sans document officiel pour les soutenir. Pour l’instant, la bonne information tient en une phrase : le principe des lignes est juridiquement acté au titre de l’utilité publique ; leur calendrier reste ouvert.
🌍 Une nouvelle carte touristique, mais pas seulement
Sur le papier, réunir plus facilement Marrakech, Essaouira et Agadir ressemble à une évidence touristique. Les trois destinations sont complémentaires et déjà reliées par d’importants flux routiers. Mais limiter le projet aux visiteurs serait réducteur.
Ces axes concernent aussi les étudiants, les familles, les travailleurs, les fournisseurs et les petites entreprises. Ils peuvent rapprocher des marchés régionaux, fluidifier les échanges et rendre certaines coopérations plus simples. Tout dépendra de la fréquence des trains, des prix et de la façon dont le réseau desservira réellement les habitants — pas uniquement les grands flux touristiques.
C’est ici que le débat local devra rester vigilant. Une LGV peut être un accélérateur puissant, mais elle doit s’articuler avec les trains du quotidien, les bus, les taxis et les transports urbains. Une infrastructure rapide n’est pleinement utile que si l’on peut l’atteindre facilement et si elle ne laisse pas les territoires intermédiaires sur le quai.
🔎 Notre regard
Le décret du 7 septembre est l’un de ces signaux administratifs qui semblent techniques, mais qui annoncent parfois une transformation durable. Il ne promet pas une inauguration imminente. Il confirme cependant que les lignes Marrakech–Agadir et Chichaoua–Essaouira disposent désormais d’une base juridique pour avancer.
Pour Marrakech, l’enjeu est majeur : passer d’une destination bien connectée à un carrefour capable d’organiser une partie des mobilités du sud-ouest marocain. La suite se jouera dans les détails — tracés, gares, prix, intermodalité, calendrier — mais la carte, elle, vient déjà de bouger.
Sources consultées en septembre 2026 : Bulletin officiel n° 7541 et Médias24. Image d’illustration : Yabiladi.
