À Sidi Ghanem, une autre idée du « made in Marrakech » commence à prendre de la place. La Marrakechoise ne se présente pas comme un simple showroom rempli de pièces prêtes à repartir. La maison dessine ses meubles, les fait fabriquer dans ses ateliers marrakchis et assume un fonctionnement lent : entre trois et neuf semaines de travail par pièce.
Le signal intéressant est là. Alors que la décoration locale est souvent réduite à quelques codes immédiatement reconnaissables, cette adresse installée depuis 2019 pousse désormais un vocabulaire plus contemporain : travertin, bois massif, métal martelé, formes sculpturales et fabrication à la demande. Ses créations 2026 et son catalogue annoncé pour 2027 montrent surtout qu’à Sidi Ghanem, le mobilier local ne veut plus seulement meubler les riads : il veut signer les intérieurs.
Ce qui monte à Marrakech n’est pas une matière en particulier, mais une façon de traiter le meuble comme une pièce d’auteur plutôt que comme un produit anonyme.
🪨 Du travertin, du bois et du métal — mais pas en série
La promesse de La Marrakechoise est claire : chaque pièce part d’un dessin, puis le croquis est traduit par les artisans de l’atelier. Menuisiers, tailleurs de pierre et dinandiers travaillent ensemble, avec une attention portée à la cohérence entre le trait initial et l’objet fini.
Le choix des matières ancre le projet dans son territoire. La maison indique employer du travertin issu de carrières situées à moins de 200 kilomètres, du bois massif d’origine locale et du métal façonné au marteau. Ce n’est pas un argument décoratif ajouté après coup : la matière dicte les volumes, les finitions et le temps de production.
Dans les dernières créations 2026, on repère notamment un canapé Atlas en tissu bouclé, une table Mence à la finition texturée, une console Soho plaquée noyer, un miroir Samah et une lampe Leros XL en métal thermolaqué. L’ensemble évite le folklore littéral. Les références au Maroc passent davantage par les gestes, les textures et la fabrication que par l’accumulation de motifs.
👀 Pourquoi cette adresse mérite le radar maintenant
Marrakech compte déjà de nombreux showrooms de décoration. Ce qui distingue ce modèle, c’est la volonté de rendre lisible tout le parcours : dessin, choix des dimensions, essence ou finition, fabrication, puis livraison de la pièce. La maison annonce même une première esquisse sous huit jours pour les demandes sur mesure.
Le catalogue 2027, présenté comme un document de 180 pages, confirme ce changement d’échelle. Assises, tables, consoles, miroirs, luminaires, rangements et literie y sont réunis avec dimensions, matières et prix. Pour une maison locale, cette transparence est loin d’être anodine : elle rapproche l’expérience de celle d’un éditeur de mobilier, tout en conservant la fabrication d’atelier.
- Showroom : 30-33, quartier industriel de Sidi Ghanem, Marrakech
- Visite : sur rendez-vous
- Horaires annoncés : lundi au vendredi, 10h-18h ; samedi, 10h-13h
- Délai de fabrication : trois à neuf semaines selon la pièce
- Positionnement : collections maison et projets personnalisés
📐 Des prix affichés, un luxe moins opaque
Autre détail qui compte : plusieurs tarifs sont visibles en ligne. Le canapé Atlas est annoncé à 25 900 DH, la table Mence à 12 000 DH, la console Soho à 8 900 DH et la lampe Leros XL à 3 500 DH. Ce ne sont évidemment pas des prix grand public, mais ils placent l’adresse dans un segment différent de la décoration de palace inaccessible et sans étiquette.
Cette lisibilité peut séduire autant les particuliers que les architectes d’intérieur et les maisons d’hôtes. Elle permet de comparer, de budgéter et d’entrer dans le projet sans passer immédiatement par une demande de devis entièrement opaque. À Marrakech, où le sur-mesure peut encore dépendre d’un réseau de bouche-à-oreille, ce passage vers un catalogue structuré change la relation avec le client.
🌴 Ce que cela raconte de Sidi Ghanem
Le quartier industriel continue de brouiller sa propre étiquette. Derrière les ateliers et les entrepôts, il concentre désormais des marques capables de dessiner, produire, exposer et vendre depuis le même territoire. La Marrakechoise s’inscrit dans cette dynamique : le showroom n’est pas séparé d’une fabrication lointaine, il sert de porte d’entrée vers l’atelier.
Ce modèle répond aussi à une attente devenue plus forte dans l’habitat marrakchi : connaître l’origine d’une pièce, comprendre qui l’a façonnée et pouvoir l’adapter à un espace réel. Un meuble n’est plus choisi uniquement parce qu’il « fait marocain ». Il doit fonctionner dans une villa contemporaine, un appartement de Guéliz ou une maison d’hôtes, sans perdre le lien avec les savoir-faire locaux.
🔎 Notre regard
La Marrakechoise n’est pas une ouverture de la semaine : la maison existe depuis 2019. Ce qui la replace dans le radar aujourd’hui, c’est la façon dont elle formalise son univers avec de nouvelles créations, une offre sur mesure plus lisible et un catalogue qui regarde déjà vers 2027.
À suivre, donc, moins comme une adresse déco supplémentaire que comme un indice de maturité. À Sidi Ghanem, le design local commence à mieux documenter ses matières, ses délais, ses prix et sa signature. Et c’est peut-être ainsi que Marrakech passera durablement du statut de source d’inspiration à celui de ville éditrice de mobilier.
Informations et tarifs consultés en septembre 2026 sur le site officiel de La Marrakechoise. Visuel : La Marrakechoise.
