Quatre chambres, et une idée qui va à contre-courant. À El Fenn, les espaces les plus compacts du riad Vanessa viennent d’être entièrement redécorés. Au lieu de chercher à les rendre discrètes, l’adresse de Bab El Ksour a fait exactement l’inverse : œuvres surdimensionnées, têtes de lit monumentales, couleurs franches et objets venus de plusieurs rives de la Méditerranée.
Ce parti pris est plus qu’un simple rafraîchissement. Il met en lumière un signal que l’on voit monter dans les intérieurs marrakchis : le petit espace n’a plus besoin de jouer la carte du minimalisme pour paraître haut de gamme.
🎨 Quatre petites chambres qui refusent de se faire petites
Les quatre chambres concernées se trouvent dans le riad Vanessa, autrefois une maison séparée avant d’être reliée à l’ensemble d’El Fenn. Leur nouvelle identité a été imaginée par le directeur créatif Yann Dobry, avec une règle assumée : amplifier les proportions plutôt que les réduire.
Les murs accueillent ainsi de grandes œuvres, tandis que les têtes de lit et les pièces tapissées prennent volontairement beaucoup de place. Dans l’une des chambres, un tableau très graphique de Sir Terry Frost, saturé de rouge, d’orange et de jaune, dicte toute la palette. Ailleurs, les œuvres d’Abdelmalik Berhiss et d’Ali Maimoun dialoguent avec les tissus et les objets.
Le message est simple : une chambre compacte peut être spectaculaire si elle assume son échelle au lieu de la camoufler.
🧳 Le décor raconte un marchand arrivé à Marrakech
Pour construire l’univers des chambres, Yann Dobry a imaginé un personnage : un marchand ayant parcouru la route de la soie jusqu’à Marrakech, les bagages remplis de textiles, de céramiques et d’objets collectés au fil des échanges.
Cette fiction se lit dans les détails. Une grande poterie de Fès devient une lampe sur mesure. Des pièces expérimentales de Safi côtoient des tables anciennes de Syrie, des étagères égyptiennes, des tapis marocains tissés à la main et des luminaires chromés des années 1970. Le résultat ne cherche pas la reconstitution historique. Il préfère le mélange, comme si chaque objet avait été ajouté au fil du temps.
L’adresse décrit cette rénovation dans une présentation publiée le 1er octobre. Les chambres sont déjà proposées aux voyageurs.
✨ Ce que ce changement raconte du design marrakchi
Pendant longtemps, le luxe hôtelier a associé les petits volumes à des tons calmes, des meubles réduits et une décoration allégée. Ici, c’est tout l’inverse. El Fenn mise sur l’accumulation maîtrisée, les contrastes et une impression de collection personnelle.
Cette approche résonne avec une évolution déjà visible dans la ville. Les riads ne sont plus seulement restaurés autour d’un vocabulaire traditionnel figé. Ils deviennent des laboratoires où le tadelakt peut rencontrer l’art contemporain, où une antiquité syrienne peut s’installer à côté d’une céramique de Safi, et où les décennies se superposent sans demander la permission.
On retrouvait déjà cette recherche d’un équilibre entre identité locale et langage contemporain dans la métamorphose récente du Naoura. Mais à El Fenn, le propos se joue à une échelle plus intime : celle de quatre chambres où chaque centimètre compte.
🪄 Le petit volume devient un terrain de jeu
Le détail le plus intéressant n’est peut-être ni une œuvre ni un tissu. C’est la méthode. En grossissant les éléments forts, le décor attire le regard vers une histoire et non vers la surface disponible. La contrainte devient alors une signature.
- Des proportions exagérées pour créer de la présence ;
- Une palette tirée des œuvres plutôt qu’un accord décoratif neutre ;
- Des objets de plusieurs origines pour éviter l’effet catalogue ;
- Un mélange d’ancien et de contemporain qui garde le lieu vivant.
C’est aussi une piste pour l’habitat marrakchi, bien au-delà de l’hôtellerie. Dans les petites pièces, vouloir tout miniaturiser n’est pas toujours la meilleure réponse. Un élément très assumé peut donner davantage de profondeur qu’une accumulation de solutions discrètes.
📍 Un nouveau repère déco au cœur de la médina
El Fenn n’ouvre pas une nouvelle aile et ne change pas d’adresse. Pourtant, cette rénovation mérite le détour parce qu’elle transforme une catégorie souvent considérée comme secondaire : les chambres les plus petites.
Après les nouveaux partis pris observés dans les riads résidentiels de la médina, ce projet confirme que Marrakech continue de faire évoluer son vocabulaire intérieur. Moins sage, plus personnel, plus collectionné.
Et si le prochain signe du luxe marrakchi n’était pas davantage d’espace, mais davantage de caractère dans chaque mètre carré ?
