Cinq chambres de plus peuvent sembler anecdotiques dans une ville où les grands projets hôteliers se comptent parfois en dizaines de clés. À l’échelle du Farnatchi, petit riad-hôtel caché près de la médersa Ben Youssef, c’est pourtant un vrai changement de taille — et surtout un test : comment grandir sans lisser ce qui rend un lieu singulier ?
L’établissement doit accueillir cinq nouvelles chambres au cours de l’année 2026, selon le média professionnel Hotelier & Hospitality Design. L’adresse compte aujourd’hui dix suites détaillées sur son site et présente son prochain ensemble comme composé de quinze suites et chambres. L’enjeu n’est donc pas une extension spectaculaire, mais une croissance de moitié pour une maison construite autour de l’intimité.
Le vrai signal n’est pas seulement que Le Farnatchi s’agrandit. C’est qu’à Marrakech, certains hôtels essaient encore de faire de l’irrégularité des lieux une valeur — plutôt qu’un problème à corriger.
🔑 Cinq chambres qui changent l’échelle du lieu
Le Farnatchi n’a pas été pensé comme un bâtiment hôtelier posé d’un seul geste. Il s’est constitué progressivement par la restauration et la connexion de maisons traditionnelles de la médina. Cette origine se lit encore dans les circulations : escaliers qui tournent, patios qui apparaissent sans prévenir, volumes qui ne répondent pas tous aux mêmes proportions.
C’est précisément ce qui complique l’agrandissement. Dans un hôtel standardisé, ajouter cinq chambres revient surtout à reproduire une unité déjà éprouvée. Ici, chaque nouvelle pièce doit trouver sa logique dans une architecture existante, avec ses contraintes, sa lumière et ses passages.
Les dix suites actuellement présentées par l’établissement sont toutes différentes. Certaines s’ouvrent sur un patio privé, d’autres sur une terrasse ou la piscine. La première suite réemploie même un ancien encadrement de porte marocain comme tête de lit. La future extension sera donc jugée moins sur sa ressemblance avec l’existant que sur sa capacité à paraître avoir toujours appartenu à l’ensemble.
🧱 Ici, le défaut de symétrie devient un argument
À Marrakech, beaucoup de nouvelles adresses utilisent les mêmes marqueurs : tadelakt, zellige, arches, luminaires en métal et palette terre. Le résultat peut être élégant, mais parfois interchangeable. Le Farnatchi défend une approche différente : laisser les maisons guider le projet plutôt que forcer les lieux à entrer dans une identité visuelle unique.
Plâtre sculpté, carreaux marocains, mobilier fabriqué localement et pièces anciennes sont bien présents. Mais l’intérêt vient surtout de leur relation avec les volumes. Un ancien patio devient une source de lumière ; un recoin crée un espace de pause ; une différence de niveau évite l’impression de couloir hôtelier.
Cette façon de travailler raconte quelque chose de plus large sur l’habitat dans la médina. Les bâtiments anciens ne sont pas de simples décors à conserver derrière une façade. Leur valeur tient aussi à leur manière d’organiser l’air, l’ombre, la fraîcheur, la transition entre le collectif et l’intime.
🏨 Le contre-pied discret aux grands hôtels qui arrivent
Le calendrier rend cette extension particulièrement intéressante. Marrakech attire de nouveaux investissements hôteliers internationaux, avec des resorts, des marques lifestyle et des ensembles plus vastes en préparation. Le Farnatchi ne joue évidemment pas sur le même terrain.
Son projet reste minuscule par comparaison. Mais il rappelle qu’une autre forme de croissance est possible : densifier une adresse existante, travailler avec plusieurs maisons, conserver des chambres non identiques et faire du caractère architectural une partie du service.
Ce positionnement ne garantit pas automatiquement l’authenticité. Un riad transformé en hôtel reste soumis à des impératifs de confort, de rentabilité et d’exploitation. La question utile est plutôt de savoir jusqu’où ces contraintes peuvent être absorbées sans effacer les aspérités du bâtiment.
🌿 Ce que les nouvelles chambres devront préserver
Le Farnatchi ne se résume déjà plus à ses suites. L’ensemble comprend une piscine intérieure, des b’hous traditionnels, un toit-terrasse, un spa relié directement au riad et le restaurant voisin Le Trou au Mur. L’expérience repose donc sur une succession d’espaces, plus que sur une chambre isolée.
L’arrivée de cinq unités supplémentaires devra préserver cet équilibre. Plus de clients signifie davantage de passages, de besoins techniques et de pression sur les espaces communs. Le défi sera de conserver cette sensation de découverte et de calme que l’adresse met en avant, tout en accueillant environ moitié plus de chambres qu’auparavant.
- Extension : cinq nouvelles chambres au cours de 2026 ;
- Adresse : Derb El Farnatchi, près de la médersa Ben Youssef ;
- Configuration actuelle détaillée : dix suites, toutes présentées comme différentes ;
- Ensemble annoncé : quinze suites et chambres ;
- Parti pris : prolonger l’évolution progressive de maisons traditionnelles connectées entre elles.
👀 Une extension à surveiller de près
À ce stade, l’annonce ne donne pas encore tous les détails sur le dessin final des cinq chambres ni leur date exacte d’ouverture. Il faudra donc juger le résultat une fois les espaces réellement accessibles.
Mais le projet pose déjà une bonne question locale. Marrakech peut-elle continuer à accueillir plus de chambres haut de gamme sans produire partout les mêmes intérieurs parfaitement photogéniques ? Le Farnatchi tente une réponse modeste : grandir par petites touches, en laissant l’architecture garder le dernier mot.
Sources consultées le 25 septembre 2026 : Hotelier & Hospitality Design et site officiel du Farnatchi.
