Il y a un détail qui mérite d’être regardé de près : en quelques mois, deux médias internationaux consacrés au voyage et aux intérieurs ont commencé à parler de Marrakech comme d’une véritable capitale du design. Pas seulement pour ses riads photogéniques. Pour sa capacité à faire cohabiter artisanat, architecture, art contemporain et hospitalité sans donner l’impression de visiter un décor figé.
En juin, le Los Angeles Times présentait la ville comme la nouvelle « capitale cool » de l’Afrique. Fin septembre, le magazine britannique Livingetc publiait à son tour un itinéraire entièrement construit autour du design marrakchi. Deux regards étrangers, deux sélections différentes, mais le même constat : Marrakech n’est plus seulement une source d’inspiration exotique. Elle commence à être lue comme un écosystème créatif cohérent.
👀 Ce que la presse étrangère vient de repérer
Le signal n’est pas dans une adresse unique. Il est dans la façon dont plusieurs lieux sont désormais reliés entre eux : hôtels, galeries, restaurants, musées, librairies, boutiques et ateliers forment un parcours où le design devient le fil conducteur de la ville.
Le Los Angeles Times s’appuie notamment sur IZZA, DaDa, El Fenn et l’arrivée de créateurs internationaux pour raconter une scène en mouvement. Livingetc met en avant Nobu, El Fenn, le musée Yves Saint Laurent, Booklore, La Mamounia, les souks et Amanjena. La liste importe moins que sa diversité : on passe d’un patio ancien à une façade contemporaine, d’un artisan à une collection d’art, d’un hôtel à une librairie.
Ce qui attire maintenant l’attention n’est plus un « style Marrakech » facile à reproduire. C’est la manière dont la ville mélange les époques, les matières et les usages sans effacer leur origine.
🧱 Le zellige ne suffit plus — et c’est une bonne nouvelle
Pendant longtemps, l’image internationale des intérieurs marrakchis a été résumée à quelques signes immédiatement reconnaissables : zellige, tadelakt, lanternes, tapis, bois sculpté. Ces savoir-faire restent centraux. Mais les lieux qui retiennent aujourd’hui l’attention ne les utilisent plus comme un kit décoratif.
Chez El Fenn, les plafonds en cèdre, les vitraux, le plâtre sculpté et les carreaux posés à la main rencontrent des couleurs saturées, du mobilier du milieu du XXe siècle et une collection d’art contemporain. Au musée Yves Saint Laurent, Studio KO a transformé la brique en une façade presque textile. Dans les nouveaux hôtels et riads, le geste remarqué est souvent celui qui conserve une technique locale tout en changeant son échelle, sa palette ou sa fonction.
C’est une évolution importante pour les architectes, décorateurs et artisans de Marrakech. Leur travail est moins observé comme une survivance du passé que comme une matière capable de produire du contemporain. Le patrimoine ne disparaît pas ; il cesse simplement d’être placé sous cloche.
🏨 Pourquoi les hôtels jouent le rôle de galeries
À Marrakech, une grande partie de cette reconnaissance passe par l’hospitalité. Les hôtels disposent de l’espace, du budget et de la visibilité internationale nécessaires pour mettre en scène un univers complet. Ils deviennent à la fois lieux de séjour, restaurants, galeries, boutiques et vitrines pour les métiers d’art.
IZZA expose plusieurs centaines d’œuvres dans ses chambres et ses espaces communs. El Fenn fait dialoguer artisanat marocain, mobilier vintage et artistes contemporains. Les grands établissements installent des signatures de design internationales dans des bâtiments qui continuent de revendiquer le patio, le jardin, le tadelakt ou le bois sculpté.
Ce modèle a une force évidente : il donne au design marrakchi une audience mondiale. Il a aussi sa limite. Lorsque les lieux les plus visibles sont presque tous des hôtels haut de gamme, la créativité de la ville risque d’être racontée uniquement à travers des expériences chères et très contrôlées.
⚖️ Capitale du design… ou décor premium ?
Le compliment venu de l’étranger pose donc une vraie question locale. Marrakech devient-elle une capitale du design parce qu’elle produit de nouvelles idées, ou parce qu’elle sait mieux que les autres transformer son patrimoine en décor désirable pour l’hospitalité de luxe ?
La réponse se trouve probablement entre les deux. La ville attire des architectes, artistes, designers et entrepreneurs précisément parce qu’elle possède des ateliers, des gestes et une culture matérielle difficiles à reproduire ailleurs. Mais cette attraction crée aussi une pression : multiplication des codes visuels, accélération des rénovations et tentation de fabriquer des lieux immédiatement « instagrammables ».
Le prochain cap sera de faire émerger davantage d’espaces accessibles où cette créativité peut être vue sans réserver une chambre : librairies, galeries hybrides, studios ouverts, cafés culturels, expositions et boutiques réellement éditées. DaDa, Booklore et plusieurs adresses de Sidi Ghanem montrent déjà que le récit peut sortir des palaces.
📍 Un signal à surveiller maintenant
Le regard international est en train de changer. Dans le dossier publié par le Los Angeles Times, Marrakech est décrite comme une destination où hôtels design, restaurants et événements artistiques forment une nouvelle scène. Le récent guide de Livingetc insiste, lui, sur une ville capable de réinventer ses traditions sans les neutraliser.
Ce double écho n’est pas un classement officiel, mais il dit quelque chose de très actuel : Marrakech commence à être visitée pour ses idées autant que pour son image. Si la ville parvient à garder ses artisans, ses créateurs et ses lieux indépendants au centre du récit, le mot « capitale » ne sera peut-être bientôt plus une simple formule de magazine.
