Ce jeudi 15 octobre, l’Institut français de Marrakech accueille une pièce qui refuse de choisir entre histoire d’amour, théâtre, danse, slam et musique live. Iqtibās, la création de Sarah M., suit Abel et Balkis, un couple franco-marocain dont l’élan amoureux se heurte brutalement au séisme de 2023, aux langues que l’on ne comprend pas toujours et aux mémoires que l’on hérite malgré soi.
Sur le papier, la représentation dure 1 h 15. Mais le terrain qu’elle ouvre est beaucoup plus vaste : qu’est-ce qu’un couple peut réellement partager lorsque chacun arrive avec sa culture, ses silences et une histoire collective différente ? Et que reste-t-il de l’amour quand une catastrophe intime rejoint celle de tout un pays ?
Le signal intéressant, ce soir à Marrakech, n’est pas seulement l’arrivée d’une pièce en tournée. C’est une scène où le français et la darija, les corps et la musique, vont raconter la même secousse sans forcément dire la même chose.
Le spectacle est présenté à 19 h, en français et en darija, dans le cadre de la nouvelle saison de l’Institut français du Maroc. Il est conseillé à partir de 14 ans.
🔥 Une histoire d’amour qui ne reste pas à l’abri
Abel et Balkis s’aiment avec cette conviction très jeune que leur relation pourra les libérer de leurs blessures et des fantômes du passé. Ils se situent au croisement de la France et du Maroc, de deux langues et de plusieurs héritages. Leur histoire pourrait suivre la trajectoire familière d’un amour qui tente de dépasser les frontières.
Puis un séisme frappe le Maroc. Balkis disparaît et Abel se retrouve lancé dans une quête qui l’oblige à écouter ce qu’il n’avait pas encore entendu : une langue, une mémoire et un récit qui ne sont pas les siens. La catastrophe n’est donc pas utilisée comme simple décor dramatique. Elle déplace le personnage et force la relation à affronter tout ce qui était resté sous la surface.
La pièce parle ainsi des secousses du monde et de celles de l’intime. À Marrakech, où le tremblement de terre du 8 septembre 2023 reste inscrit dans les mémoires, cette matière prend forcément une résonance particulière.
🎭 Du théâtre, mais pas seulement
Iqtibās ne repose pas uniquement sur un texte joué face au public. Sarah M. met en circulation plusieurs langages : le théâtre, la danse, le slam et la musique interprétée sur scène. Hayet Darwich et Maxime Lévêque portent les rôles d’Abel et Balkis, accompagnés en direct par le musicien Osam.
Ce mélange n’a rien d’un habillage. Lorsque les mots ne suffisent plus, le mouvement, le rythme et les voix prennent le relais. Le spectacle est annoncé comme une histoire « racontée à corps et à cris », une formule qui dit bien sa volonté de sortir du récit sage et purement dialogué.
Le titre donne lui aussi une clé. Iqtibās évoque l’emprunt, la citation, mais également l’idée d’allumer son feu au foyer d’un autre. Une image particulièrement juste pour un projet qui questionne ce que l’on reçoit d’une autre culture, ce que l’on transforme et ce que l’on risque de mal comprendre.
🗣️ Le français et la darija sur le même plateau
La présence conjointe du français et de l’arabe marocain n’est pas un détail pratique. Elle place le public dans la situation même des personnages : comprendre immédiatement certaines paroles, devoir en saisir d’autres par le contexte, le ton ou le corps, et accepter qu’une partie du sens passe d’abord par l’émotion.
Cette circulation entre les langues touche un nerf familier au Maroc. Dans les couples, les familles et les amitiés, les mots ne transportent pas tous les mêmes références. Traduire peut rapprocher, mais la traduction peut aussi simplifier ce que l’autre essaie de dire. La pièce travaille précisément dans cet intervalle.
Avant certaines dates de la tournée, la compagnie a même proposé une forme participative conçue comme un cours de darija très particulier. Une manière de montrer que la langue n’est pas seulement un obstacle narratif : elle devient une expérience proposée au public.
🌍 Marrakech au milieu d’une tournée marocaine
La représentation marrakchie s’inscrit dans une tournée qui traverse neuf villes du royaume entre le 7 et le 29 octobre : Essaouira, Agadir, Marrakech, El Jadida, Casablanca, Meknès, Tanger, Tétouan et Rabat.
Ce passage de ville en ville compte. Le récit franco-marocain de Sarah M. ne reste pas cantonné à une seule capitale culturelle ou à un public de festival. Il se confronte à des sensibilités locales différentes, alors même qu’il parle de transmission, d’identité et de mémoire partagée.
À Marrakech, la date arrive dans un mois culturel particulièrement dense. Entre expositions, photographie, design et spectacles, la ville ne manque pas de propositions. Iqtibās se distingue par son sujet et par son urgence : une seule représentation, ce soir, autour d’une blessure encore très proche.
📍 Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
- Spectacle : Iqtibās, de Sarah M.
- Date : jeudi 15 octobre 2026
- Heure : 19 h
- Lieu : Institut français de Marrakech, route de Targa
- Durée : 1 h 15
- Langues : français et darija
- Public : à partir de 14 ans
- Tarifs annoncés : 100 DH plein tarif, 50 DH pour les adhérents et les moins de 26 ans, gratuit avec le Pass Jeune
Le titre complet, « Allumer son feu au foyer d’un autre », pourrait presque servir d’invitation. Venir voir Iqtibās, ce n’est pas seulement suivre Abel et Balkis. C’est entrer pendant 75 minutes dans cet espace fragile où aimer quelqu’un oblige aussi à écouter son histoire.
Sources consultées le 15 octobre 2026 : Institut français de Marrakech, fiche pratique de la représentation et My Little Kech.
