À Marrakech, le vélo existe déjà dans la vraie vie. Ce qui manque encore, ce ne sont pas les cyclistes, mais les conditions minimales pour rouler sans transformer chaque trajet en pari nerveux. C’est pour ça que le nouvel appel d’offres relancé en août 2026 autour d’un réseau cyclable structurant mérite d’être regardé de près : pour une fois, on ne parle pas seulement d’intention, mais d’un chantier cadré, budgété et associé à un calendrier.
D’après les éléments publiés, la tranche prioritaire du projet porte sur un réseau annoncé à travers quatorze grands axes de la ville, avec un montant estimé à 9,3 millions de dirhams et une mise en service visée en 2027. Deux axes seulement sont connus à ce stade — Mohammed VI et El Qadi Ayad — mais le signal est déjà clair : Marrakech commence enfin à traiter la question du vélo comme un sujet d’infrastructure, pas comme un simple supplément d’image durable.
Le vrai test ne sera pas d’annoncer des pistes cyclables. Le vrai test sera de créer un réseau que les Marrakchis auront réellement envie — et confiance — d’utiliser.
🚲 Un projet qui sort enfin du flou symbolique
Sur le papier, l’appel d’offres actuellement ouvert jusqu’au 24 août 2026 porte un intitulé précis : « Travaux de réalisation d’un réseau cyclable structurant au niveau de la ville de Marrakech, tranche prioritaire, lot unique ». Ce détail compte. Il signifie que la ville ne se contente plus de parler mobilité douce de manière abstraite : elle passe dans une logique d’exécution, avec un maître d’ouvrage identifié — la Direction régionale de l’environnement de Marrakech-Safi — un budget, et un délai de travaux évoqué de six mois.
Ce n’est pas la première consultation sur ce dossier, et c’est justement ce qui le rend intéressant. Un premier appel avait déjà circulé fin juin, avant qu’une nouvelle version soit relancée en août. Ce n’est pas encore la certitude absolue d’un chantier lancé demain matin, mais ce n’est plus non plus la promesse vague qu’on range au fond d’un powerpoint institutionnel.
- Appel d’offres en cours : jusqu’au 24 août 2026
- Montant estimé : 9,3 millions de dirhams
- Délai évoqué : six mois de travaux
- Objectif annoncé : une mise en service en 2027
🛣️ Quatorze axes annoncés, mais encore beaucoup d’angles morts
Le point le plus frustrant — et le plus stratégique — reste l’absence de cartographie complète. Quatorze grands axes sont annoncés, mais seuls deux noms ont filtré à ce jour : l’avenue Mohammed VI et la rue El Qadi Ayad. Pour le reste, silence public. Or c’est précisément cette information qui permettrait de mesurer l’ambition réelle du projet : reliera-t-il les grands flux quotidiens ? desservira-t-il les zones de travail, les quartiers résidentiels, les écoles, les pôles touristiques ? ou restera-t-il un chapelet de tronçons photogéniques mais discontinus ?
Les premiers aménagements annoncés — marquage vert au sol et, sur certaines portions, séparateurs physiques — vont dans la bonne direction. À Marrakech, une simple ligne peinte ne suffit pas toujours à créer de la sécurité perçue. Si la ville veut que la piste soit utilisée aux heures denses, il faudra plus qu’un habillage visuel : il faudra une vraie protection contre les empiètements et une continuité lisible.
- il touche à la vie quotidienne autant qu’à l’image de la ville ;
- il peut changer la lecture des grands boulevards marrakchis ;
- il ouvre une discussion sérieuse sur la mobilité urbaine hors voiture ;
- il oblige Marrakech à prouver qu’un « réseau » n’est pas juste une addition de tronçons.
🌍 Le vélo n’est pas nouveau à Marrakech. L’infrastructure, si.
Le sujet est important parce que l’usage existe déjà. Le vélo circule à Marrakech depuis longtemps, au quotidien, bien avant que le mot « mobilité douce » devienne valorisant dans les discours urbains. Des acteurs comme Pikala Bikes l’ont montré depuis des années, en travaillant autour du vélo comme outil de déplacement, de lien social et d’écologie urbaine.
Autrement dit : la ville n’a pas à créer artificiellement une culture cyclable. Elle a surtout à lui donner un cadre plus sûr, plus visible et plus légitime. Et c’est probablement là que ce projet devient intéressant au-delà du simple chantier. Il ne s’agit pas d’inventer le vélo à Marrakech, mais d’arrêter de le laisser se débrouiller seul dans le trafic.
📈 Ce que cela dit du Marrakech qui vient
Sur le fond, ce projet raconte quelque chose de plus large. Marrakech est une ville qui pousse vite, qui se transforme beaucoup, et qui subit en même temps une pression forte sur ses mobilités : taxis, scooters, voitures, tourisme, grands axes saturés, extensions urbaines, nouvelles centralités. Dans ce contexte, intégrer enfin le vélo à l’échelle structurante, ce n’est pas anecdotique. C’est une manière de dire que la ville commence à réfléchir à sa circulation autrement qu’en ajoutant des flux sur des flux.
Bien sûr, tout dépendra de l’exécution. Si les quatorze axes ne se rejoignent pas, si la lisibilité est faible, si la protection disparaît aux points sensibles, l’effet sera limité. Mais si Marrakech réussit au contraire à produire quelques grands parcours réellement cohérents, le signal pourrait être fort : une métropole touristique capable aussi d’améliorer son confort de déplacement pour les habitants.
👀 Notre regard
Le plus intéressant dans cette affaire, ce n’est pas le vernis « ville durable ». C’est le fait que le vélo commence enfin à entrer dans la conversation urbaine marrakchie comme un sujet sérieux, concret, budgété. Et rien que ça, c’est déjà un petit changement de ton.
Maintenant, il faut la suite : la liste complète des axes, une continuité réelle, une exécution propre et un respect durable des aménagements. Parce qu’une piste cyclable à Marrakech ne changera rien si elle n’est qu’un décor vert au sol. En revanche, un réseau bien pensé pourrait vraiment modifier la façon dont une partie de la ville se déplace — et se respire.
Sujet repéré via La Tribune de Marrakech, puis retraité éditorialement pour Info Marrakech.
