Fin octobre, Marrakech ne va pas seulement accueillir un congrès de plus. Pendant quatre jours, la ville va devenir le laboratoire d’une question qui touche directement sa médina : comment protéger un centre historique sans le rendre de plus en plus difficile à habiter ?
Du 26 au 29 octobre 2026, le 18e Congrès mondial de l’Organisation des villes du patrimoine mondial (OVPM) réunira à Marrakech des maires, des élus, des gestionnaires de sites et des spécialistes techniques. Le thème choisi ne laisse guère de place au folklore : « Le Nouveau Projet Urbain : vers l’habitabilité des centres historiques ».
Derrière le mot « habitabilité », une tension très marrakchie : conserver la médina comme patrimoine vivant, sans qu’elle devienne uniquement un décor à visiter, à photographier ou à exploiter.
🏘️ Pourquoi le mot « habitabilité » change le débat
La protection du patrimoine a longtemps été racontée à travers les monuments, les façades, les remparts et les restaurations exemplaires. L’habitabilité oblige à regarder autre chose : la possibilité de vivre réellement dans le centre historique, d’y circuler, d’y travailler, d’accéder aux services et de conserver des usages quotidiens.
Dans la médina de Marrakech, cette question est loin d’être théorique. Le succès touristique soutient l’emploi, finance des rénovations et redonne une valeur à de nombreux bâtiments. Mais il crée aussi une pression sur les usages, le logement, les commerces et les équilibres de quartier. Un patrimoine impeccablement restauré peut perdre une part de sa vitalité si les habitants qui le faisaient vivre n’y trouvent plus leur place.
C’est précisément le changement de regard annoncé par l’OVPM. Après avoir identifié l’habitabilité comme enjeu commun lors du congrès de Cordoue en 2024, l’organisation veut désormais passer à une approche plus directement urbanistique.
⚖️ Une médina protégée, mais pour qui ?
Le sujet peut vite devenir caricatural : d’un côté, le tourisme accusé de tout transformer ; de l’autre, la conservation présentée comme un frein au développement. La réalité est plus inconfortable. Sans visiteurs, investisseurs et nouvelles activités, certains bâtiments continueraient à se dégrader. Sans habitants permanents, commerces ordinaires et services de proximité, la médina risquerait de fonctionner par fragments, au rythme des arrivées et des départs.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre patrimoine et économie. Il est de trouver les règles qui permettent aux deux de coexister avec la vie locale. Cela passe notamment par la qualité de l’espace public, les mobilités, l’entretien, la gestion des déchets, l’accès aux équipements et la capacité à adapter les bâtiments anciens sans les dénaturer.
- comment maintenir du logement et des usages quotidiens dans la médina ;
- comment rénover sans transformer chaque bâtiment en produit standardisé ;
- comment concilier flux touristiques, livraisons, marche et vie de quartier ;
- comment préserver les savoir-faire qui rendent les restaurations crédibles ;
- comment mesurer la réussite autrement que par le nombre de visiteurs.
🧭 Marrakech ne sera pas seulement la ville-hôte
Le choix de Marrakech donne au rendez-vous une portée particulière. Sa médina, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, concentre précisément les contradictions auxquelles sont confrontées de nombreuses villes historiques : désir international, économie de l’hospitalité, pression immobilière, conservation architecturale et besoins d’une population permanente.
Pendant le congrès, la 29e Assemblée générale des membres de l’OVPM doit décider du plan d’action et du budget de l’organisation pour les années à venir. Un symposium présentera en parallèle le « Nouveau Projet Urbain », conçu pour accompagner les villes membres dans la mise en œuvre de solutions concrètes.
Autrement dit, il ne s’agit pas uniquement d’une série de conférences. Marrakech doit servir de point de départ à un outil opérationnel destiné aux centres historiques du réseau. La vraie question sera ensuite de savoir si les principes discutés entre experts se traduisent dans les rues, les logements et les arbitrages locaux.
🏗️ Ce que cela pourrait changer dans le regard sur la médina
Un centre historique « habitable » ne se résume pas à un patrimoine bien entretenu. Il doit rester praticable pour des profils différents : familles, artisans, commerçants, personnes âgées, jeunes actifs, visiteurs et travailleurs de l’hospitalité. Cela impose de considérer les transformations ordinaires avec autant d’attention que les grands chantiers.
À Marrakech, le signal est intéressant : le débat se déplace de la restauration des pierres vers la qualité de la vie entre ces pierres. Cette évolution peut sembler sémantique, mais elle change les critères de réussite. Une médina attractive ne suffit plus ; il faut encore qu’elle reste utilisable, accessible et socialement vivante.
Le congrès ne réglera évidemment pas, en quatre jours, des tensions accumulées depuis des années. Il peut toutefois installer un vocabulaire plus exigeant et rendre visibles des arbitrages souvent traités séparément. À un mois du rendez-vous, c’est peut-être le sujet le plus important : derrière la défense du patrimoine, quelle ville veut-on encore pouvoir habiter ?
📍 Le rendez-vous
Le 18e Congrès mondial de l’OVPM se tiendra à Marrakech du 26 au 29 octobre 2026. Il comprendra la 29e Assemblée générale des membres et un symposium consacré au Nouveau Projet Urbain. La participation est annoncée ouverte aux membres de l’organisation.
Source consultée le 29 septembre 2026 : Organisation des villes du patrimoine mondial — Marrakech 2026.
