Une galerie de Sidi Ghanem va bientôt parler de lumière, de mémoire du Maghreb et de futurs possibles avec des sculptures, des images et des dispositifs numériques. Le 16 octobre, MCC Gallery ouvre sa nouvelle saison avec Where the Sun Lies, la première exposition individuelle à Marrakech de l’artiste franco-marocain Mounir Ayache.
Le titre pourrait annoncer un paysage contemplatif. La proposition est beaucoup moins sage. Ayache travaille au croisement de l’art numérique, du jeu vidéo, de la numérisation 3D et de la fiction spéculative. Son terrain : reprendre les récits sur l’Afrique du Nord là où les représentations occidentales les ont souvent figés, puis imaginer ce qu’ils pourraient devenir.
Le signal intéressant n’est pas seulement l’arrivée d’une nouvelle exposition. C’est le mélange de médiums populaires et technologiques qui entre, très concrètement, dans une galerie marrakchie.
Présenté comme le premier chapitre d’un projet plus large, Where the Sun Lies veut faire dialoguer héritage et anticipation. Un programme qui tombe au bon moment : Marrakech multiplie les rendez-vous artistiques cet automne, mais celui-ci prend un chemin encore peu fréquenté dans la ville.
☀️ La lumière comme point de départ, pas comme décor
MCC Gallery décrit l’exposition comme un voyage « entre mémoire, territoire et futurs possibles ». La lumière y sert de fil conducteur pour traverser les paysages, les récits et les imaginaires du Maghreb. Elle n’est donc pas seulement un effet visuel : elle devient une manière de révéler ce que les images montrent, mais aussi ce qu’elles ont laissé dans l’ombre.
L’ensemble annoncé réunit sculptures, images, artefacts et dispositifs numériques. Plusieurs temporalités doivent s’y croiser : le passé transmis, le présent technologique et des futurs qui restent à écrire. Cette diversité compte, car elle évite de réduire le Maghreb à un patrimoine immobile ou à une esthétique immédiatement reconnaissable.
Le titre, Where the Sun Lies, entretient lui-même une ambiguïté. En anglais, « lies » peut désigner l’endroit où le soleil repose, mais aussi l’idée qu’il ment. Une double lecture cohérente avec un artiste qui interroge la fabrication des images et des récits.
🎮 Quand le jeu vidéo devient un outil pour raconter autrement
Né en 1991 et installé entre Marseille et Marrakech, Mounir Ayache ne traite pas le jeu vidéo comme un simple sujet visuel. Il utilise ses outils, ses mécaniques et sa capacité à construire des mondes pour déplacer les représentations de l’Afrique du Nord et du monde arabe.
Sa pratique associe notamment sculpture en réalité augmentée, installation, photogrammétrie, scan 3D et fiction spéculative. Elle s’inscrit dans l’arabfuturisme, un mouvement qui place les récits arabes au centre de futurs alternatifs au lieu de les maintenir à la périphérie des imaginaires dominants.
Cette approche lui a déjà valu une visibilité internationale. Son travail a été montré à l’Institut du monde arabe en 2024, puis au Jeu de Paume et au Musée d’art contemporain de Lyon en 2025. Il a également été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome entre 2022 et 2023.
Pour le public marrakchi, l’enjeu sera très concret : voir comment des technologies souvent associées au divertissement peuvent servir à relire des histoires, des paysages et des identités proches.
🚀 Un artiste distingué en 2026 pour ses « contre-récits »
Mounir Ayache vient d’être désigné lauréat 2026 du prix Recanati-Kaplan, remis par la Villa Albertine avec la fondation Recanati-Kaplan et l’Institut du monde arabe. Cette distinction comprend une résidence de recherche de deux mois aux États-Unis ainsi qu’une bourse de 15 000 dollars.
Son projet doit le conduire à Los Angeles, dans la baie de San Francisco et à Houston. Il y étudiera les « machines à mythes » de l’industrie américaine du divertissement : films, séries et jeux vidéo qui influencent la mémoire collective et la manière dont le monde arabe est représenté.
Cette recherche doit notamment nourrir Leon the African 2575, un projet de jeu vidéo inspiré par Hassan al-Wazzan, connu en Europe sous le nom de Léon l’Africain. L’objectif annoncé ne consiste pas seulement à critiquer les vieux clichés orientalistes. Ayache veut produire des récits « contre-programmés » où les figures, les mythes et les cosmologies d’Afrique du Nord façonnent eux-mêmes le futur.
Where the Sun Lies arrive donc à un moment charnière de son parcours. L’exposition ouvre à Marrakech alors que l’artiste développe, à l’international, une recherche directement liée aux imaginaires du Maghreb.
🏭 Pourquoi Sidi Ghanem est le bon terrain
MCC Gallery occupe un espace de 600 m² au 281, rue Principale, à Sidi Ghanem. Fondée par Fatima-Zohra Bennani Bennis, elle s’est installée dans le quartier en 2020 après une première aventure consacrée à la photographie contemporaine dans la médina.
Le choix du quartier prend ici tout son sens. Sidi Ghanem est passé d’une zone essentiellement industrielle à un écosystème où se croisent ateliers, design, gastronomie, artisanat contemporain et lieux d’exposition. Ses volumes permettent des installations difficiles à imaginer dans des espaces plus conventionnels du centre-ville.
L’arrivée d’un projet mêlant artefacts, numérique et sculpture renforce cette identité expérimentale. Elle rappelle aussi que la scène culturelle marrakchie ne se joue plus uniquement dans la médina, les grands hôtels ou les institutions historiques. Une partie de ce qui monte se construit désormais derrière les façades d’anciens espaces de production.
📍 Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
- Exposition : Where the Sun Lies — Chapter One
- Artiste : Mounir Ayache
- Ouverture : vendredi 16 octobre 2026
- Durée annoncée : jusqu’au 30 décembre 2026
- Lieu : MCC Gallery, 281 rue Principale, Sidi Ghanem, Marrakech
- Horaires : du lundi au samedi, de 10h à 18h
- Entrée : libre
Le format en « chapitre un » laisse entendre que le projet ne s’arrêtera pas à cette première présentation. C’est peut-être le détail le plus stimulant : la galerie ne propose pas seulement une exposition fermée sur elle-même, mais le début visible d’un univers appelé à évoluer.
🔎 Notre regard
Marrakech connaît bien les expositions qui célèbrent ses couleurs, son architecture ou son artisanat. Where the Sun Lies prend une autre direction : utiliser la technologie pour rendre au Maghreb la possibilité de se projeter, de spéculer et de fabriquer ses propres futurs.
Si la promesse est tenue dans l’espace, ce premier chapitre pourrait attirer bien au-delà du public habituel des galeries. Les amateurs d’art contemporain y trouveront une nouvelle exposition ; ceux qui viennent du jeu vidéo, de la 3D ou de la culture populaire pourraient surtout découvrir que ces outils ont désormais leur place dans le récit culturel de Marrakech.
Sources consultées le 6 octobre 2026 : MCC Gallery, artmena, Villa Albertine et Diptyk.
